Nom :
Montaigüe
Prénom : Louis-Philippe
Âge Physique et âge réel : 21 ans/ 383 ans puisque tout comme mon frère, j’ai vu le jour en 1643.
† Présentation physique †
De par ma condition de fils de la nuit, je connais une force inconnue des humains. Cependant, elle ne se traduit guère par un monticule de muscles informes. Je possède une musculature des plus
ordinaires pour un homme de ma condition. Même si comme chacun de mes pairs, ma peau c’est légèrement dépigmentée suite à mon changement d’état, il n’en reste pas moi, que pour un enfant de la lune
je n’en reste pas moins coloré.
Des cheveux mi-longs, souvent soigneusement ordonnés, parfois totalement libres, habille le haut de ma tête. Ils oscillent entre bruns et châtains. Je les tiens, me disait-on, de ma mère. Mon
regard, en accord avec ma chevelure, est brun. En résumé, je tiens, selon ce que l’on me rapporte, un physique plutôt agréable. Je le tiendrais de mon père, toujours d’après les « on dit ».
Sur mon omoplate, un tatouage, il représente le marteau de Thor. Il s’agit sans nul doute de la plus grande extravagance que je me suis autorisé physiquement. Pour mon style vestimentaire, j’opte
bien souvent pour quelque chose de propre, de soigné mais sans pousser à l’extrême non plus. Je sais également me montrer bien plus sobre. Les jeans et chemises sont souvent aussi de rigueur.
Je dégage de l’assurance et de je connais une certaine aisance lorsque je me déplace. Certains disent que je dégage un certain charisme, je ne saurais dire si cela est vrai ou non. Il est difficile
de différencier honnêteté et viles flatteries.
Cependant, il me semble que le plus intéressant n’est guère dans mon physique, mais plutôt dans le récit que je vais vous faire de ma vie…
† Mortalité †
Vous connaissez cette histoire selon laquelle le roi de France et de Navarre Louis XIV – dit aussi le roi soleil – aurait eu un frère jumeau du nom de Philippe ? Certains crient à l’usurpation,
pourtant…
Lors de ma naissance, nous étions deux. J’eus la malchance de naître quelques minutes après mon frère Louis. Je fus confié aux bons soins d’une nourrice. Le roi – feu mon père – craignait de voir
ces deux fils se déchirer à sa mort pour lui succéder. Il n’en fallait donc qu’un.
Ce fut en campagne française que je grandis, loin de la cour, des protocoles et de ses dorures. Ma nourrice prétendit que j’avais été abandonné – ce qui, entre nous, n’était pas totalement faux –
et dans toute mon innocence d’enfant, jamais ses explications ne furent remises en doute par ma personne. Je reçus une bonne éducation, les instructions que je recevais étaient identiques à celle
du prince Louis. À l’adolescence, j’étais parfaitement instruit. Je savais lire, compter, je connaissais les sciences et bien d’autres choses, ce que les paysans ignoraient. En ce temps-là, ils
n’avaient pas accès à l’instruction. Ma vie des plus simples, me comblait. En cette période, je ne me doutais pas ce que l’avenir me réservait. Je ne voyais pas ce matin-là ce corbeau d’encre qui
pourtant ne m’annonçait guère de bonnes nouvelles.
Je n’eus guère le loisir de me poser de questions lorsque des hommes firent irruption dans la chaumière qui était nôtre. Lorsque mes paupières s’étaient de nouveau levées, la grisaille de la pierre
suintante avait replacé le vert des champs. La noirceur avait pris le pas sur le bleu des cieux. Les doux alizés sur mon visage furent remplacés par un froid métallique. L’odeur des fleurs avait
été remplacée par celle des moisissures et de l’eau croupie. Le ruisseau s’était tu, laissant ainsi place à un silence de mort angoissant et suffocant. J’étais enfermé, entravé et vêtu de loques,
mais pire que tout, j’avais sur le visage, un masque de fer forgé. Il avait été scellé par un cadenas – dont mon frère portait la clef autour du cou – sur ma nuque. J’eus beau clamer avec virulence
mon innocence, car quoi l’on avait pu me reprocher, je ne méritais pas pareil châtiment, personne ne vint répondre à mes appels cependant. Je me trouvais sur l’Île Sainte-Marguerite, l’une des
quatre Îles de Lérins, près de la cité qui se nomme aujourd’hui Cannes.
Les années s‘écoulèrent au rythme du pain et de l’eau que l’on m’apportait. Le roi ne voulait pas me voir périr, comment pourrait-il supporter de voir son propre reflet périr ? Il en était tout
simplement incapable. À l’époque, dans les croyances, cela serait revenu à tuer une partie de lui-même. Les premières années ne furent que solitudes qui bien souvent, avaient failli déboucher sur
de la folie. Et puis, un soir, un homme vint me rejoindre pour la première fois. Pas un son ne sorti de sa bouche, pas un mouvement ne découla de ses lèvres. Tout ce qu’il fit, ce fut de s’asseoir
derrière moi et de me prendre contre lui. Délicieux réconfort que ce fut. Enfin je trouvais le sommeil, et pour la première fois, ce fut en paix que j’épousais les bras de Morphée.
Au levé du jour, cet inconnu n’était plus présent, mais la nuit suivante, et toutes les nuits qui suivirent celle-ci, il vint à moi. Cela dura deux ans. Jamais il ne prononça un mot ou fit autre
chose que me prendre contre lui. Pourtant, sa présence m’était devenu très vite indispensable. Je ne demandais qu’affection et réconfort, et lui me les apportait. Je devenais dépendant de sa simple
présence. Chaque jour, j’attendais la nuit avec impatience, pourtant, cette nuit-là…
D’ordinaire le silence régnait en maître absolu sur la prison dès que la nuit était venue. Pourtant cette fois, il y eut des hurlements presque bestiaux, des gémissements, des plaintes, des pleurs,
des suppliques et des cris. Je me souviens encore des tremblements qui avaient envahi mon corps bien malgré moi. Ce fut ensuite le silence, le calme et la chaleur. Le sol était devenu moelleux et
confortable, l’odeur des pins avait remplacé celle des vieilles pierres, une brise avait pris la place du métal sur mon visage.
Lorsque mes yeux se sont ouverts, ce ne fut que pour découvrir que je me trouvais dans une chambre, sur un lit, mais surtout, que je ne portais plus mon masque. Paniqué, je l’avais naturellement
cherché. Il était devenu une partie moi, une seconde peau… Il me fallut plusieurs semaines avant d’accepter enfin de m’en passer. Celui qui m’avait sorti de l’enfer n’était autre que celui qui
était venu m’apporter dans ma cellule.
Dans un premier temps, je ne cherchais pas à savoir pourquoi ou comment. Je pouvais revoir le bleu du ciel, autant que la lumière des étoiles. Dans le premier cas cependant, jamais je n’eus la joie
d’avoir la présence de cet homme une fois le soleil levé. Encore une fois, je ne cherchais pas à savoir le pourquoi du comment. J’étais bien trop absorbé par ce monde que je découvrais à nouveau
avec plaisir. J’avais alors dix-sept ans. Nous étions en 1660.
Trois mois s’écoulèrent lorsque enfin le voile sur mon identité fut levé à mon regard. Je ne pouvais y croire. Comment un frère, un jumeau, pouvait-il faire cela à sa propre moitié ? À son propre
sang… Il voulait son royaume, son pays et son peuple, mais jamais je ne lui aurais obstrué le chemin… Je n’aspirais guère au pouvoir. La simplicité était une chose qui davantage m’attirait. Passées
ces premières révélations, d’autres suivirent, mais de loin j’aurais préféré ne rien en savoir. Je n’étais libre que pour remplacer mon dit frère qui conduisait – selon ses dires – le pays à sa
perte et le peuple au soulèvement.
Naturellement, je n’avais pas grand choix puisque je lui devais ma vie, certainement, mais plus que tout, ma liberté. Je me pliais donc tout naturellement à sa volonté. Dans tous les cas, j’aurais
été bien incapable de lui refuser quoi que ce soit par crainte de voir celui dont je ne savais me passer de la présence, s’éloigner de moi. Aussi ce fut avec une certaine rigueur que j’appliquais
et apprenais avec rigueur le moindre de ses enseignements. Même "libre", je ne savais toujours pas me passer de sa présence, de ses conseils ou de sa bonne parole.
Le jour de ce qu’il nommait comme étant celui de « l’échange » arriva. Jamais je n’en connu le contenu exact ou l’ordre des évènements je n’eus accès qu’au résultat puisqu’il fut le suivant : je
remplaçais mon frère sur le trône. Seulement le changement qui opéra fut tel que je dus le justifier. Ce fut de cette manière que je le fis :
« Nous avons fait un rêve dans lequel Dieu nous a parlé. Nous avons compris nos erreurs et Nous tenons à réparer nos fautes, car faute il y a eu. C’est en ce sens que notre conduite sera dictée à
présent. »
En cette époque lointaine, la religion catholique primait sur la raison. Il ne s’agissait là que d’une manœuvre pour adoucir l’Église tout comme pour réjouir le peuple. Quant à la formulation à la
troisième personne… Il s’agissait là d’une manie que, dans sa soif de grandeur, mon frère avait prise. N’étant guère semblable à mon frère, je ne lui réservais pas le sort que lui-même m’avait
attribué. Ce fut reclus en campagne que je le destinais.
Trois années s’écoulèrent pour une vie que je n’avais guère choisie. J’avais atteint mes vingt et un ans. Chaque jour je me pliais au protocole et aux obligations qui étaient désormais miennes bien
malgré moi. Chaque soir, j’avais dans mes quartiers, la visite de celui qui avait fait de moi, plus qu’un homme, un roi. C’était à chaque fois avec une certaine impatience que j’attendais ce
moment. Comme il l’avait fait lorsque j’étais un simple détenu anonyme, il venait me prendre dans ses bras, ne parlant que pour me prodiguer ses conseils, et me laissant ainsi m’assoupir auprès de
lui. Comme toujours au levé du jour, il était absent.
Aujourd’hui je sais que, par ses manœuvres, il n’a fait que me rendre totalement dépendant de lui, et cela, pas uniquement sur le plan affectif. Sans lui, je m’oubliais tout simplement. Il doit
s’agir du même moyen qu’emploient de nos jours les sectes pour endoctriner leurs victimes.
J’avais donc vingt et un an lorsqu’une nouvelle fois, je ne vis pas le sombre présage que ce même corbeau – qui jadis m’étais venu - m’apportait au levé du jour. Des cris, des pleurs, des coups,
des accusations de sorcellerie mais aussi d’usurpation d’identité, et surtout, le visage haineux de Louis, mon frère, furent les derniers souvenirs de ma chambre au palais avant que je ne retourne
en ma cellule, le visage de nouveau masqué de fer. C’étaient les mêmes pierres, la même pièce, le même lieu que celui ou j’avais passé bien des années.
Seul, je me laissais aller à une folie destructrice pour ma personne. Je ne supportais plus l’enfermement. Je refusais de m’alimenter et allais même parfois, jusqu’à me blesser volontairement pour
que tout finisse. Alors que j’avais perdu tout espoir, que je n’aspirais qu’à la mort, il m’est revenu par cette nuit glaciale d’hiver. Il me semblait bien plus « humain » qu’avant. Cette fois, il
parla. Je ne saurais dire quelles furent ces paroles, j’étais bien incapable de comprendre ce qu’il me disait alors. Je ne me souviens que de la libération de son visage, de son étreinte et du
plaisir. La douleur suivit peu après. Ce fut cette nuit-là qu’il avait décidée de faire de moi un enfant de la nuit.
† Premier siècle d’éternité †
Les premières années furent terribles pour moi et très éprouvantes. L’aube, les rayons du soleil couchant, l’éclat de l’astre du jour me manquaient terriblement. Je plongeais dans une profonde
dépression, je n’étais plus que l’ombre de moi-même. Je n’acceptais pas devoir me nourrir du sang d’êtres humains, et encore moins de devoir donner la mort. Tout ce mal, toute cette souffrance
m’était contre-nature.
Lorsque je quittais enfin ma torpeur, il était cependant toujours obligé de passer après moi, après chacun de mes repas. Si je m’étais habitué à devoir m’abreuver de sang pour survivre, il n’en
restait pas moins que j’étais incapable de donner la mort. Celui que je nommais alors « mon Sire » en avait conscience et jamais il ne me força. J’ai aujourd’hui conscience qu’il tentait par tous
les moyens de me préserver du monde. Je ne devais pas être assez fort à l’époque pour pouvoir quitter mon armure d’innocence et de naïveté.
Mon Sire m’enseigna non seulement ce que je devais savoir sur l’art de la survie ; mais aussi, sur le présent qu’il m’avait fait en faisant de moi son infant. Le premier don n’était autre que la
matérialisation de l’irréel, et par conséquent, des rêves et de l’imaginaire. Il me suffisait d’imaginer quelque chose, un fantasme ou un simple objet, et il apparaissait. Bien entendu, avant d’en
arriver là, il me fallut beaucoup de temps, de patience, de persévérance et surtout, de temps. Mon Sire, qui en ces temps m’avait révélé avoir plus de six siècles, arrivait par exemple à donner
naissance à palais et autre merveille pour une durée infinie. À l’époque, je ne maîtrisais pas ce dont tel que je le fais avec aisance aujourd’hui. Mon second don n’était autre que la
dématérialisation. Il s’agit là sans nul doute, des deux, celui qui me posa le plus de problème à maîtriser. Car en plus de devenir invisible, je perdais toute consistance, passant au travers du
sol, de tout ce qui était matériel, mais sans garder quoi que ce soit sur moi. Combien de fois avais-je utilisé ce pouvoir par accident pour me retrouver nu comme un ver, apparaissant au milieu de
la foule… Je ne pourrais le dire avec exactitude, mais plus d’une dizaine ne devraient pas être loin de la vérité. Je reviendrai plus tard sur ce que sont aujourd’hui ses pouvoirs.
Mon Sire étendit ses enseignements à bien d’autres disciplines, certaines d’ordre plus sportives et d’autres encore plus poussées intellectuellement parlant. Aucune discipline ne m’a jamais
repoussée. J’avais une telle soif d’apprendre qu’une nuit il finit par me dire qu’un soir, je me réveillerai, je connaîtrai alors tout se qu’il sait, viendrai alors le temps où je me lasserais de
sa présence, puisque plus d’enseignement de lui je ne pourrai avoir. Alors je le quitterai, avide de savoir et d’enrichir mes connaissances. Cela m’avait fait rire sur le moment, je ne m’imaginais
pas pouvoir survivre sans lui, et pourtant…
C’était peu avant que j’atteigne mon premier siècle en tant que vampire. Nous nous étions établis pour quelque temps en Espagne. Je m’étais montré plus d’une fois trop négligent lorsque je me
nourrissais. J’étais toujours autant incapable de donner la mort. Mon Sire ne pouvait avoir les yeux partout… Se qu’il devait arriver, arriva, l’une de mes victimes avait fui. La rumeur commençait
à se rependre et bien vite, nous fûmes accusés de tous les maux du village. Cette nuit-là je me trouvais près de l’embarcadère en compagnie d’amis de mon Sire. Je n’ai qu’à fermer les yeux pour
voir ce que j’avais pris pour les premières lueurs de l’aube à l’époque. Il ne s’agissait pourtant que d’un incendie. Guidé par ma curiosité, et par un profond mal être, je m’étais rendu sur ce que
j’avais pris pour un feu de maison. Ce ne fut que pour découvrir l’horreur. Mon Sire se trouvait sur un bûcher, il brûlait vif. Les villageois l’accusaient de possession et autres absurdités.
Naturellement, je voulu intervenir, mais ce furent les amis de mon Sire qui m’en empêchèrent. Ce dernier avait prétendu que nous avions découvert sa possession et que nous nous étions enfuis pour
ne pas subir son courroux. Il n’avait prétendu cela que pour nous protéger… Me protéger…
Ses pairs me ramenèrent de force sur leur embarcation, j’avais alors compris que mon mal être me venait de notre lien qui venait d’être brisé par ces hommes et ces femmes à la colère déchaînée.
† Le second siècle d’éternité †
Les premières années furent particulièrement difficiles pour ma personne. Je tenais bien plus de l’aubergine que de l’homme. Les anciens compagnons de mon Sire durent me nourrir eux-mêmes. Je ne
faisais plus rien pour survivre. J’avais perdu celui qui était devenu ma raison d’exister.
Ce ne fut que dix ans plus tard que je me ressaisis. J’étais alors nourri d’une haine féroce envers tout être humain. Hommes, femmes, vieillards et enfants, pas un n’échappait à ma colère. Je
tuais, torturais par vengeance, par sadisme et par plaisir. Ce fut à cette période que mon don de matérialisation de l’imaginaire commença à changer. Pour la première fois, l’opposé de ce que
j’exprimais apparaissait. D’abord très rarement, pour ensuite venir de plus en plus souvent.
J’éprouvais une aversion pour l’humanité, certes, mais aussi pour moi-même. Je prenais des risques inconsidérés de plus en plus grands et de plus en plus souvent. Agir en publique, frôler le levé
du soleil, manquer de vendre le lieu où nous nous étions établis, manquer de me faire prendre, affirmer mon appartenance vampirique en publique… Plus rien ne me faisait peur. Agissais-je dans
l’unique but de rejoindre mon Sire disparu ? Aujourd’hui encore je n’ai pas de réponse à cette interrogation.
Mon comportement fut si dangereux pour moi, mais aussi pour les autres, que l’on me chassa. Sans doute dans l’espoir qu’un ancien me remettrait dans le droit chemin ou que l’on viendrait mettre un
point final à ma folie. Pas une fois, je ne regrettais mon départ, on m’avait révélé qu’avant moi, mon Sire avait eu un autre infant, et qu’il était toujours en vie. Je ne savais rien de lui hormis
que je le reconnaîtrais lorsque je le verrais et qu’il s’agissait d’un homme. Ma quête venait alors de commencer quand mon second siècle s’achevait.
† Troisième siècle d’immortalité †
Après le siècle passé aux côtés de mon Sire, il doit s’agir sans nul doute des années les plus importantes de mon existence…
Si, dans un premier temps, je livrais ma quête infernale, dans un second temps, je fis une première rencontre qui fit basculer mon existence. Il s’agissait du capitaine d’un navire. Son nom ? Je ne
saurais le dire, nous l’appelions tous Capitaine. Était-il humain ou vampire, là encore, je ne pourrais le dire avec certitude.
Il me trouva sur les docks me livrant à quelques atrocités en plus de me nourrir. Je ne me souviens pas de ce qu’il m’avait dit à l’époque, mais ce que je sais, c’est que je terminais à son bord.
Les années passées à ces côtés me permirent de m’apaiser. Je ne tenais pas du saint mais plus non plus de la bête féroce. Je m’étais en quelque sorte apaisé, ou plutôt, l’océan l’avait fait. Malgré
les efforts du Capitaine, un problème demeurait chez moi… Je ne savais me maîtriser lorsque mes émotions me submergeaient. Cela posait beaucoup de problème à bord, l’espace était très réduit, et
bien vite, nous nous marchions sur les pieds les uns des autres, j’étais à cran et constamment sur la défensive. Plus d’une fois, j’ai été à l’origine de bagarre, et plus d’une fois, j’ai fini en
morceaux, pourtant, cela ne refreinait en rien toute cette rage qui m’habitait…
Une nuit, lors de nos rares moments de discussion, le Capitaine me glissa qu’il devenait urgent d’apprendre à me maîtriser. Aujourd’hui, avec le recul, je sais qu’il n’avait pas tord. L’équipage
allait, tôt ou tard, finir par venir me sortir en plein jour ou me sauter dessus une nuit pour me balancer par-dessus bord. Cependant, à l’époque, je ne voyais pas plus loin que le bout de mon nez.
Naturellement je pris la mouche. Ma décision fut prise sans une once de réflexion. Puisque je dérangeais, à la prochaine escale, je quitterai son bord.
Ce fut en Inde, quelques nuits plus tard, que je quittais l’équipage, guidé par ma colère. Discrètement, le Capitaine insinua que peut-être, dans un ancien temple aux frontières communes entre
Tibet et Népal, que j’apprendrai comment me maîtriser. Jeune, orgueilleux comme pas eux et haineux, ouvertement je me moquais de lui.
Pourtant, ma curiosité piquée à vif, je traversais le pays. Le jour, je me réfugiais dans les granges, les grottes et tout autres protections naturelles que m’offrait ma route. La nuit, je
traquais, chassais, tuais et me repaissais de tout être humain que je croisais. Homme, femme, enfant ou vieillard, comme jadis, je ne faisais aucune différence. À quoi bon ? Je ne voyais en l’être
humain qu’un repas potentiel…
Plusieurs mois s’écoulèrent avant que je n’arrive enfin au dit temple. Seulement, la solitude, le climat du Népal, comme de l’Inde, le manque de nourriture parfois aussi, n’avait guère permis à ce
que j’y parviennent « entier ». Ce fut donc dans un état lamentable et inconscient que l’on me découvrit étendu sur les marches du temple. Naturellement, les moines m’emportèrent dans une chambre.
Ce que j’ignorais encore à l’époque, c’était qu’à mon insu, le Capitaine avait glissé une lettre dans ma poche, à l’intention de mes hôtes. Son contenu ? Je l’ai toujours ignoré, mais ce qui en
découla je le sais.
À mon réveil, la nuit suivante, toujours épuisé, on me nourrit de sang humain. Certains moines m’avaient offert le leur pour ma survie. Je nageais dans l’incompréhension. Hormis le capitaine,
depuis le décès brutal de mon Sire, je n’avais connu aucune sollicitude à mon encontre, aucun réconfort. Pourtant ces hommes qui m’étaient étrangers le firent sans concession. Ma nature ne les
effrayait nullement et ne les écœurait pas non plus. C’était très troublant pour moi.
Je ne m’étendrais pas sur ces années passées à leurs côtés, un mortel n’aurait pas assez d’une vie pour m’écouter, mais lorsque je quittais le temple, j’étais un tout autre homme. Apaisé, j’avais
appris à rester maître de moi. Bien sûr, ma nature fougueuse était encore là, mais je n’étais plus aussi haineux envers le monde. J’avais désormais – et je possède toujours – une certaine
discipline. On m’avait enseigné certaines valeurs, même si, de par ma nature, il m’arrivait de les oublier parfois. Non, pas une fois, je n’avais songé à devenir moine moi aussi. Pourtant, ils me
dispensèrent autant d’enseignement qu’un aspirant aurait pu le souhaiter.
Ce fut lorsque les conflits entre le Tibet et la Chine éclatèrent que l’on me pria de quitter me temple. Nous étions à la frontière du Népal avec le Tibet, si ma présence, et de ce fait, ma nature,
avaient été découvertes, les moines auraient été châtiés et moi aussi. De ce fait, pour notre survie à tous, je regagnais l’occident.
† Dernières années d’immortalité †
Ce fut donc en occident que je repris ma quête de retrouver le premier infant de mon Sire. Pourquoi le cherchais-je dans le fond ? Je l’ignorais, tout comme je n’ai de réponse à cette question à ce
jour. Je traversais les pays les uns après les autres, l’Euros fut bientôt sous mes pieds, mais toujours rien, pas une trace de cet homme, de ce vampire.
Des rumeurs circulaient cependant sur une terre peuplée de vampire. Un lieu où ils vivaient en communauté. Plusieurs de mes confrères m’en avaient parlé comme étant un endroit pour se trouver. Ma
quête se faisant de plus en plus fatigante, l’espoir s’amenuisant au fil du temps, ce fut naturellement que le désir de découvrir ces lieux s’empara de moi.
Mes pas me rendirent en Angleterre, pour à mon tour découvrir ce qu’était réellement cette terre promise…
† Aujourd’hui… †
Jadis, je fus tour à tour Philippe, puis Louis pour ensuite redevenir Philippe. Aujourd’hui, je me fais appeler Louis-Philippe, en mémoire de ceux que je fus tour à tour de mon vivant. Pour nom de
famille, j’ai choisi de porter Montaigüe en mémoire d’un personnage d’un roman de fiction que j’affectionne. De cette manière, hormis les portraits de mon jumeau – dont j’ignore ce qu’il est advenu
– ceux qui, chacun son moment, je fus.
Me voilà aux portes d’une terre nommée Vampires Kingdom. Qui sait ce qu’il adviendra ?
°°°
† Au fil des siècles, j’ai bien changé… †
Au début de mon immortalité, je tenais de l’enfant. Doux fragile et obéissant, j’obéissais à mon Sire aveuglément. Je ne demandais qu’à lui plaire, à le suivre et à apprendre. La peur de lui
déplaire, de le décevoir et même de le perdre me rongeait. Je crois que l’on peut me comparer à un œuf de papillon... Oui, c’est cela, car mon cheminement est similaire à l’évolution de cette
créature éphémère. Bien à l’abri dans mon œuf, je ne réalisais pas combien la vie pouvait être cruelle, même si les vents contraires se heurtaient parfois à ma coquille.
À la perte de mon Sire, je suis devenu chenille. Agressif, affamé, mon monde venait de s’effondrer. Violent, cruel, je laissais ma colère me guider. Je lui laissais son libre cours. Je la laissais
me dicter ma conduite tout comme dévaster la terre. En cette période de mon existence – trop longue selon moi – je tenais plus de la bête que de l’homme. D’agneau, j’étais devenu un loup. Dangereux
pour les autres et pour moi-même, je ne connaissais aucune limite. Si, peut-être une… Celle de ma volonté à faire souffrir.
Lorsque à son bord, le capitaine me prit, j’étais dans ma chrysalide. Quelque chose en moi sentait que je ne pouvais continuer éternellement ainsi. Comme une éponge, malgré les apparences, je
m’imprégnais de ce qui m’entourait. Et si la mer avait su me calmer, il n’en restait pas moins que je ne savais pas me contrôler. Ce ne fut qu’au cours de ses années passées auprès des moines que
j’y parvins. Bien à l’abri du monde extérieur, j’absorbais toute leur sagesse et leurs connaissances, même s’il m’arrive encore de me montrer fougueux. Discipline, contrôle de sois, logique,
réflexion, Rigueur, défense, respect… Telles furent les traits principaux de mon enseignement. Ce fut aussi l’aboutissement des changements de mes dons…
Enfin, à mon retour en occident, face à ce monde qui avait tant changé, j’étais devenu papillon. Je suis bien plus calme, même s’il m’arrive quelques dérapages incontrôlés. Je réfléchis beaucoup,
sans nul doute, bien trop. Je ne me livre jamais, quant à mon passé, je n’ai encore jamais rencontré celui qui est parvenu à me faire l’évoquer. Discret autant que secret, j’observe et analyse
beaucoup avant de me lancer. Solitaire bien plus que solidaire, je ne me mêle jamais des affaires des autres. J’ai trouvé la paix en moi-même, aussi, si j’y suis parvenu, j’estime que chacun peut
le faire. Soucieux du détail et rigoureux, je suis très exigeant, que ce soit de ceux dont je m’entoure, comme de moi-même. Avec moi, jamais de seconde chance. Je ne suis pas moine, pas le droit à
l’erreur, je ne pardonne jamais. Mes relations avec les autres ? Inexistantes. Je n’ai jamais eu le loisir, de me lier avec qui que ce soit. Du temps de mon Sire, je n’en avais que pour lui, aussi
je crois, qu’encore aujourd’hui c’est le cas. Je n’ai guère le temps de m’enticher de quelques sottes ou sots – allez savoir, ne soyons pas sectaires – assez farfelus pour se prendre au piège.
Comme je l’ai dit, je suis donc exigeant. Si je viens à prendre un esclave, il devra se montrer digne d’intérêt. Les êtres mous, qui ne cessent de geindre ou de se plaindre, je n’en ai que faire.
Tout comme de ces petites choses fragiles, qu’en ferais-je ? Je ne suis guère une nourrice. Ils n’ont pas même le droit à un regard. Les autres, ceux qui savent se battre pour survivre, par contre,
ceux la peuvent parvenir à attirer mon attention. Si en plus ils ont de l’esprit, alors là oui, je les traite comme des hommes. Cependant, s’il s’agit de mon esclave, il subira moult épreuves pour
me prouver sa fidélité – la trahison est une chose que j’exècre – et qu’il est réellement digne de mon attention. Je ne veux pas d’un esclave qui dise amen à la moindre de mes paroles, un peu de
caractère que diable ! Tous ne sont pas lobotomisés, fort heureusement. Vous l’aurez compris, d’une certaine manière, j’aime les défis.
Malheureusement, par certains aspects, j’ai aussi gardé une âme d’enfant, de joueur… Si je peux me montrer dur, par moments, je peux faire preuve d’une certaine insouciance, voir même d’innocence.
Je n’en dis pas plus, je vous le laisserais le découvrir. Je parais – le plus souvent – impassible et insensible, mais mon "double" se fait un plaisir d’apparaître pour montrer l’opposé de ce que
je ressens puisqu’il en est la matérialisation. Plaisant lorsque je veux dissimuler mes émotions, n’est-il pas ? Quel est ce double ? Je vous l’expliquerai sous peu…
°°°
Comme je l’ai précédemment exposé, je possède le don de faire apparaître les fantasmes, les rêves ou cauchemar, tout fruit de l’inconscient ou de l’imaginaire. Je capte donc certaines données de
ceux qui m’entourent afin de faire naître leurs envies, sans pour autant savoir lire dans les pensées. Malgré tout, s’il s’agit d’une tentative sur un vampire plus ancien que moi, il me faut son
total accord pour parvenir à ressentir ses ondes me permettant de matérialiser ses « fantasmes ». Cependant, n’ayant en rien les siècles d’expérience et suite à mon parcours chaotique, ce pouvoir
a quelque peu dévié. La durée de matérialisation de toutes ces choses n’est que de quelques heures. Tout comme la durée, la taille connaît également ses limites. Je suis bien incapable de faire
naître un quelconque bâtiment. Cette capacité a tant dévié pour tout dire que la plus par du temps, je ne fais que projeter mon ressenti. Un être apparaît, homme ou femme, mais toujours à mon
image, et trahi inlassablement ce que je ressens par ses paroles ou ses actions. Si je m’efforce d’être calme par exemple, mais qu’à l’intérieur je fulmine, de ce sentiment apparaîtra une tout
autre facette de ma personnalité. Ce nouvel « être » aura mes traits de visage et, contrairement à moi, il extériorisera sa colère. Tout au contraire si je souffre et que je reste impassible
malgré tout, ce sera une véritable chiffe molle qui apparaîtra. Ces « créations » disparaissent d’elles-mêmes au moindre changement d’émotion.
Le second pouvoir que je tiens de mon Sire n’est autre que la dématérialisation. Qu’entends-je par là exactement ? C’est simple, il s’agit d’une faculté de devenir insaisissable et de passer au
travers des choses solides. Bien entendu cela aussi connaît des limites. Je ne peux rester ainsi plus de quelques heures sous peine de m’épuiser et par la même, de devenir vulnérable même face à
un néo-nat ou un humain. De même que je ne peux propager mon don à plus qu’à mes vêtements. Faire profiter de ce pouvoir à quelqu’un, dans le sens de le faire agir sur lui aussi, m’est impossible
jusqu’à présent. Je ne peux également pas traverser les corps de mes aînés à moins de leur accord. Il ne s’agit là que de l’ordre logique des choses. Dans tout peuple, ne dit-on pas que le
respect des aînés est une chose acquise ?
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Quelle sorte d'esclave souhaitez-vous ? Je pense avoir décrit l’esclave idéal et ce que j’en attendai dans mon caractère
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Comment avez-vous connu Vampires Kingdom ? J’y suis déjà

Par Rickaël
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Publié dans : Fiches de personnages
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